(FS) “Aujourd’hui, ils ont le pouvoir, mais ils se posent toujours en victimes. Avec cette idée de revanche. Faire payer au nom de l’histoire, ça fait partie de la bêtise humaine.”
Daniel Kohn-Bendit, leader des Verts au Parlement européen, s’adressait à la rédaction de Le soir, canard officieux du régime, sur l’éventuelle explosion de la Belgique et visait les politiciens flamands. Connaissant les origines du lascar, cela ne manque pas de piquant.
Mais DCB n’est pas une référence, il dit aussi n’importe quoi. En rappelant, par exemple, que la partition de la Tchécoslovaquie n’a pas entraîné de cataclysme en Europe.
Certes ! Mais la “partition de velours” s’est opérée le 1er janvier 1993 alors que Tchéquie et Slovaquie sont entrées dans l’Union européenne le 1er mai 2004.
Il souligne aussi que “le poids de la Belgique en Europe, c’est zéro.” (…) “Le poids du Luxembourg dans l’UE, c’est Jean-Claude Junker. Le poids de la Belgique dans l’UE, c’est Verhofstadt. C’est l’homme qui fait ce poids”, reconnaissant, par là, la véritable valeur de laquais de l’Union à nos n°1 politiques.
DCB et tous ceux qui lui ressemblent n’aiment pas les nations (sauf une naturellement) et la fragilité politique belge le réjouit secrètement. On le surprend, dans l’article “Forcez les Flamands à se décider !”* de Le soir, à soliloquer comme un cabaretier jusqu’à ce qu’une journaliste, face à l’affimation que 80 % des Flamands sont séparatistes, l’interrompe : “C’est faux. C’est ce genre de déclarations qui attise la crise !”
Non, l’eurodéputé vert n’a pas apporté la lumière. Même s’il affirme que “depuis les années 70, vous avancez comme ça. Vous gardez la Belgique mais vous faites toujours moins de Belgique”, les journalistes ne semblent pas s’être souvenus qu’en 1968 eut lieu une révolution dont DCB fut une des grandes figures et dont, aujourd’hui et plus que jamais, nous subissons les effets.
*L’article,Publié le Mercredi 28 novembre 2007 dans Le Soir, page 6, édition Namur/Luxembourg, se trouve en commentaire 1.




9 responses so far ↓
1 AMIBe // Nov 29, 2007 at 1:24
Daniel Cohn-Bendit: « Forcez les Flamands à se décider ! »
Maroun Labaki ET Pascal Martin
Il vit en partie à Bruxelles. Le leader des Verts au Parlement européen s’y est fait une idée iconoclaste de la Belgique. Qu’il a livrée à la rédaction du « Soir ».
De Mai 68 au Parlement européen, Daniel Cohn-Bendit, c’est quarante ans d’expérience politique. Mais lorsqu’il parle de politique belge, c’est au registre des pathologies mentales qu’emprunte le leader des Verts : « Ce qui se passe chez vous est fou. » Il a répété ce diagnostic plusieurs fois mardi matin, face à la rédaction. Parfois en jouant à la mouche du coche, toujours prompt à décocher des « formules »…
Cohn-Bendit, comme les milieux européens de la place bruxelloise, regarde la Belgique d’un ½il un coup incrédule, un coup amusé, un coup atterré. Comme une bête curieuse. « Le président de la Commission, Barroso, et les autres ne se tracassent pas face à cette menace de séparation. Ils n’y croient pas. Avec le franc belge, sans Europe, sans euro, la Belgique aurait explosé. Aujourd’hui, ce ne serait pas un problème qu’elle explose. De toute façon, le poids de la Belgique en Europe, c’est zéro. C’est méchant à dire, mais le poids du Luxembourg dans l’UE, c’est Jean-Claude Junker. Le poids de la Belgique dans l’UE, c’est Verhofstadt. C’est l’homme qui fait ce poids. » Et de rappeler que la partition de la Tchécoslovaquie n’a pas entraîné de cataclysme en Europe.
Autre saillie iconoclaste : « Le seul problème [si la Belgique se sépare] sera de voir ce qui se passera au niveau des équipes de football. Il faut dire aux Flamands et aux Wallons que, vu du sud de la France, tout cela n’a pas d’importance. »
Daniel Cohn-Bendit renvoie donc Flamands et francophones dos à dos, n’en déplaise à ceux qui rejettent toute la faute sur le Nord. « Ils ne peuvent avoir le beurre et l’argent du beurre. » Les Wallons ne peuvent pas se contenter de regarder la Flandre « en se disant qu’ils n’en ont rien à foutre, sinon compter sur elle pour payer leurs pensions ». Quant aux Flamands, « ils devraient cesser de réagir comme il y a trente ans. Aujourd’hui, ils ont le pouvoir, mais ils se posent toujours en victimes. Avec cette idée de revanche. Faire payer au nom de l’histoire, ça fait partie de la bêtise humaine. Mais elle est vraie aussi. Regardez l’ex-Yougoslavie : on y a fait la guerre au nom d’événements qui dataient de plusieurs siècles. »
Dans le champ de chardons qu’est le landernau politique belge, une épine a le don de hérisser notre hôte : « Ces menus dans les restaurants de Hal où les plats sont annoncés en néerlandais et en anglais, mais où le français est interdit… Je ne comprends pas comment des actions ne sont pas menées devant la Cour européenne. On se croirait en Turquie où l’usage de trois lettres kurdes est interdit ! Faites-le savoir ! C’est dingue ! »
Dany-le-Vert poursuit : « Pour continuer dans la folie : le bruit. » En l’occurrence celui des avions qui décollent de Bruxelles-National. « Fixer les normes de bruit aux niveaux flamand, wallon et bruxellois est idiot. Les normes de bruit seront européennes ou ne seront pas. Ici, cela ne sert qu’à imposer une dynamique de la division. »
L’enfant terrible de Mai 68 constate ainsi que, depuis 1994, année de son entrée au Parlement européen, « le processus de désintégration de ce pays est frappant. C’est un séparatisme rampant. C’est ce qui me fait dire qu’en Belgique, la séparation ne se décidera pas, comme ça, un jour. Si elle s’impose, c’est parce qu’elle se sera insinuée, pas à pas. Mais si les francophones les mettent devant leurs responsabilités, les nationalistes flamands finiront par accepter un compromis : parce qu’ils n’oseront pas décider la séparation. En campagne, avant la formation d’un gouvernement, c’est facile de jouer les séparatistes. Lorsqu’il s’agira de la décider, c’est autre chose. Vous savez, la logique nationaliste est désintégratrice du bien-être qui existe en Flandre. Mais c’est à eux de le découvrir. Il faut que les gens aillent au bout de leur logique. Ce que l’on voit à Hal est une maladie très grave, qui ne se soigne pas par la raison. Il faut y voir une maladie psychologique très profonde. Vous ne responsabiliserez les gens qu’en les laissant aller jusqu’au bout de leurs fantasmes, de leur folie, de leurs erreurs. »
Bouillant, Cohn-Bendit amorce une nouvelle démonstration : « 80 % des Flamands sont séparatistes. » Une journaliste l’interrompt, sèchement : « C’est faux. C’est ce genre de déclarations qui attise la crise. »
L’eurodéputé ne se démonte pas : « Je dis que 80 % des électeurs flamands votent pour des partis sécessionnistes qui jouent avec le feu : la Liste Dedecker, le Vlaams Belang, la NV-A. Quant au CD&V, si un parti se met avec un parti sécessionniste pour gagner des élections, c’est que ce n’est pas contradictoire avec ce qu’il pense. La preuve, c’est qu’aujourd’hui, on en est là. »
La fin de la Belgique, donc ? « Si on leur mettait le miroir – ”C’est oui ou non ?” –, les Flamands diraient non. Mais ils ont une tentation morbide d’aller de plus en plus loin dans la séparation. Si vous commencez par séparer les allocations familiales, pourquoi cela s’arrêtera-t-il ? En fonction de qui, de quoi ? Depuis les années 70, vous avancez comme ça. Vous gardez la Belgique mais vous faites toujours moins de Belgique. Vous devez donc forcer les Flamands à se décider ! »
De l’autre côté de la frontière linguistique, il faut en finir avec « l’élitisme des francophones qui disent ne pas s’intéresser au flamand ». Une journaliste intervient, relayant un avis répandu dans l’opinion wallonne et francophone : « La langue flamande ne nous sert à rien. Pourquoi l’apprendre ? » Cohn-Bendit riposte, sans pitié : « Si vous en êtes là, séparez-vous tout de suite. Le flamand, c’est la langue de la communauté majoritaire de votre pays, tout de même… »
2 pierrelermite // Nov 29, 2007 at 2:09
“Aujourd’hui, ils ont le pouvoir, mais ils se posent toujours en victimes. Avec cette idée de revanche. Faire payer au nom de l’histoire, ça fait partie de la bêtise humaine.”
Dites, c’est marrant cette phrase : avant d’avoir lu plus loin et de savoir de qui elle émanait, j’étais déjà persuadé que son auteur parlait… des juifs! :-)
3 Tornade Blanche // Nov 29, 2007 at 3:49
J’ai eu exactement la même réaction que Pierrelermite. En lisant la premières phrase, j’étais persuadé qu’on parlait des trépanés du gland.
PS : Daniel Kohn Bendit, ça devrait plutôt s’écrire Daniel Con Bandit.
4 Octol // Nov 29, 2007 at 5:28
Il faut reconnaître qu’effectivement, une majorité de flamands est pour la séparation pure et simple. J’habite en Flandre, donc je suis tout à fait informé. Pour le flamand, le wallon est un allocataire social. Pire, ils préfèrent les immigrés car eux au moins apprennent le flamand. Pour ma part, je trouve normal que si vous arrivez du maroc ou de roumanie, vous apprenniez la langue de l’endroit où vous vivez.
Anciennement, on pouvait parler de la prétention wallonne, maintenant ce sont les flamands qui sont prétentieux. Il leur en coutera certainement. Mais il faut savoir évoluer et si la Belgique doit disparaitre, eh bien qu’elle disparaisse. Pour Bruxelles ne nous tracassons pas, c’est déjà une province du Maroc ;-)
5 pb44 // Nov 29, 2007 at 6:05
“Une journaliste intervient, relayant un avis répandu dans l’opinion wallonne et francophone : « La langue flamande ne nous sert à rien. Pourquoi l’apprendre ? ”
Pourquoi l’apprendre, chers compatriotes francophones ?
Pour diminuer le nombre de sans emplois assistés par la Flandre…
6 pierrelermite // Nov 29, 2007 at 11:28
Bien de ton avis, pb44! La raison que tu indiques est évidemment incontournable. Mais pour ceux qui n’en sont pas (encore) à ce stade économique, on pourrait simplement dire qu’il est bon de l’apprendre… par respect de l’autre communauté.
Au fond, la remarque de feu Daniel-le-Rouge (passé maintenant au “Vert”) est très pertinente: nos compatriotes du Nord forment tout de même la communauté majoritaire de ce pays. Mais certains de nos parents et grands-parents les ont parfois un peu trop “regardés” de haut.
Oh, tu sais, sans parler de la remarque de Leterme - qui nous juge trop cons pour apprendre le néerlandais - ils ne demandent généralement pas à ce que nous parlions la langue de Vondel à la perfection. Mais du moins qu’on fasse l’effort, même si ça se résume à quelques bouts de phrase.
Pour me tirer un peu de mon chomdu (à mon âge, il est incurable!), je vends des bouquins sur le net, via un site qui m’amène pas mal de néerlandophones. Et qu’ils parlent ou non le français, je les contacte par mail dans leur langue, grâce à ce qui peut me rester de mon bagage scolaire… déjà si lointain.
Ce n’est pas parfait, j’en suis sûr… mais je suis souvent étonné de voir comment ils réagissent, et de sentir à quel point ça leur a fait plaisir!
Autre expérience : demande ton chemin à Gand ou Steenokkerzele en t’exprimant péniblement en néerlandais… et la plupart du temps, on te répondra directement en français, même si l’interlocuteur doit lui aussi le baragouiner.
C’est la raison pour laquelle, quand un routier s’égare près de chez moi et possède mal notre langue, j’essaye aussi de le tirer d’embarras en lui expliquant dans la sienne.
Si nos zélites - et particulièrement la Milquet - voulaient en faire autant au lieu de se braquer dans des refus débiles…
7 @-ttentif // Nov 30, 2007 at 7:31
Si je ne m’abuse pierrelermite, Con-bendit fait partie de la ‘famille’!
Sa réaction sur les menus non traduit en français est symptomatique des habitants de l’hexagone.
Allez en Allemagne ou en Angleterre et essayez d’obtenir un menu dans votre langue…Bonne chance!
Il a raison sur un seul point, c’est ce réflexe de “pauvre” qu’entretient scrupuleusement le peuple flamand alors qu’il ne l’est plus depuis plusieurs décennies.
8 stefword // Nov 30, 2007 at 3:03
Pourqoi apprendre le grec et le latin, langues que plus personne ne parle depuis bientôt deux mille ans?
Enfin, l’avis de DCB en vaut bien d’autres, et il n’a pas tort sur tout, notamment quand au sentiment de supériorité des wallons (hérité des français sans doute) sur le reste du monde, alors que sur bien des points un peu dhumilité ne ferait pas tache, et égards aux leçons dans tous les domaines qu’ils pourraient recevoir de la Flandre….A commencer par le respect du travail et de la réussite (toute relative, certes) qu’il peut valoir à celui qui vraiment y met un coup…
Les wallons me font furieusement penser aux français qui arrivent aux USA, espérant faire fortune, en croyant que leur seule présence sur le territoire US suffirait, et que l’argent va tomber du ciel…Alors que les miracles n’existent que dans la bible, mais qu’avec du travail, (je dirais même de l’acharnement!) de l’intelligence, et une bonne dose d’expérience dans un métier valorisant, on peut évidemment faire son trou et gagner plus qu’honorablement sa vie….(ce qui est le cas dans une moindre mesure, soit, mais quand même) en Belgique…La preuve? les flamands (soi-disant bètes méchants et racistes !) le font!!!!!
9 pierrelermite // Dec 3, 2007 at 7:38
Je crois en effet, @-ttentif, que malgré ses gesticulations de l’époque soixantehuitarde,il fait partie de la “famille”!
Mais peut-on encore dire que les Flamands entretiennent un réflexe de pauvres? Quand il m’arrive de passer la zône de séparation linguistique (parlons pas de frontière en ces temps chahutés), je suis toujours frappé par la différence qu’on sent d’emblée au niveau des habitations et du parc automobile.
Mais il n’y a pas de miracle : comme le souligne stefword, les Flamands réussissent parce qu’ils bossent sans trop se poser de questions sur l’humeur du temps. Mais ils ne nous perçoivent malheureusement pas comme sortis du même moule : me rappelle que, voici quelques années, on avait demandé à Patrick Dewael de choisir, parmi un éventail de photos, celle qui lui faisait le mieux penser aux Wallons. Et sa main s’était d’abord posée sur… une troupe de grévistes!…
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