Note pour les lecteurs wallons : Nous rappelons que la chronique « Li bia bouquet », consacrée à la Wallonie dans l’hebdomadaire satirique et nationaliste flamand « ‘t Pallieterke », révèle souvent des faits peu évoqués en Wallonie même et dans la presse francophone. A propos de la déliquescence des ruines de Villers-la-Ville, nous avons certes eu droit à un clip fugace sur les antennes de la RTBF, qui ne sauvera pas cet important morceau du patrimoine wallon. La chronique du « ‘t Pallieterke » est bien plus instructive. La France républicaine, jacobine et sans-culotte, étant une vache sacrée en Wallonie rouge, il est évidemment malséant de mettre ses crimes innombrables en exergue et de lui rappeler les clauses du traité de Vienne de 1815, qui l’obligeait à rendre tous les trésors volés en nos provinces entre 1792 et 1814. Seuls 180 tombereaux de tableaux, livres et autres pièces nous sont revenus. Le reste est dispersé dans l’Hexagone, sans que l’Etat belge n’ait jamais eu l’audace d’envoyer des huissiers pour saisir ces biens. Par ailleurs, comme pour tout délinquant, les casseurs sont les payeurs. Pour la restauration de Villers, ne faudrait-il pas envoyer la facture à Sarközy ?
(Picard – ‘t Pallierterke, 17 octobre 2007) Chacun de nous connaît certes les ruines de l’abbaye de Villers-la-Ville, situées à cheval sur les limites des provinces du Brabant wallon, du Hainaut et de Namur. Ecolier, on y allait en voyage scolaire. On la découvrait en illustration dans l’un ou l’autre ouvrage sur l’histoire de Belgique.
L’avenir de ce site est lourdement menacé aujourd’hui. Les travaux de restauration n’ont pas été effectués, ce qui a pour résultat que certaines parties menacent de s’effondrer définitivement. Plusieurs parties du site ne sont même plus accessibles au public car, dès que le vent souffle à plus de 70 km/h, des pans entiers des murailles subsistantes risquent de crouler. Vu le mauvais état du site, on craint que les touristes n’y viennent plus (or ils sont plus de 100.000 à faire le déplacement chaque année !).
Il n’est toujours pas question d’entamer des travaux de restauration : cette négligence relève essentiellement d’un problème politique. En cette année 2007, les ruines de l’abbaye sont propriété de l’Etat belge mais l’exploitation touristique est laissée à la Région Wallonne. Personne ne veut payer les travaux de restauration, qui s’élèveraient à quelque 3,5 millions d’euro. Si un cas similaire se présentait en Flandre, le gouvernement flamand prendrait immédiatement le domaine à sa charge. Ce que ne fait pas le gouvernement wallon. C’est donc que les problèmes posés par ces ruines ne sont pas exclusivement d’ordre financier. Car, ne l’oublions pas, les ruines de l’abbaye de Villers-la-Ville sont un symbole politique important que l’idéologie de gauche, qui domine en Wallonie, n’aime pas entendre évoquer. Ces ruines sont le symbole d’une des périodes les plus sombres de l’histoire européenne. L’Abbaye, en effet, fut la victime de la barbarie totalitaire de la révolution française. Pour comprendre cette symbolique, nous devons nous rappeler l’histoire captivante de cette formidable abbaye.
Au 13ième siècle, une abbaye cistercienne a été bâtie sur ces lieux. On avait choisi ce site tranquille parce qu’il y avait de l’eau et des matériaux de construction en abondance. L’Abbaye n’a cessé de croître en importance : elle finit par posséder plus de 10.000 hectares en pleine propriété. Les abbés de Villers détenaient de hautes fonctions ecclésiales. Au sommet de sa gloire, l’abbaye abritait plus de cent moines, aidés de quelque 300 frères mineurs. L’Abbaye se trouvait à la frontière du Comté de Namur et du Duché de Brabant. L’Abbé siégeait de droit aux Etats du Brabant. L’influence de l’abbaye s’exerçait fort loin. Les 10.000 hectares qu’elle possédait étaient éparpillés entre Anvers et Namur. Des fermes abbatiales les rentabilisaient. Au départ de Villers, d’autres abbayes furent fondées dans le pays, comme celle de Saint Bernard à Bornem. Dans l’abbaye même, on trouvait des richesses colossales dont une bibliothèque comptant près de 500 volumes, ce qui, au moyen âge, constituait une collection impressionnante.
Avec les guerres de religion au 16ième siècle, commence le déclin de l’abbaye. Elle connut toutefois une période de lustre au 18ième siècle, sous le régime dit « autrichien », mais lorsque les sans-culottes français envahirent le pays, ce fut le commencement de la fin. Le 11 décembre 1796, les moines sont chassés du site au nom de la « liberté », de l’ « égalité » et de la « fraternité ». Pire, suite aux ukases des révolutionnaires français, l’abbaye est vendue à un négociant sans scrupules, spécialisé en matériaux de construction, un certain De la Terrade. Le bonhomme vendit tout ce qui pouvait encore avoir une utilité dans les bâtiments abandonnés de l’abbaye. Plus tard, les ruines connurent encore un autre propriétaire qui n’hésita pas à donner l’autorisation au gouvernement de faire passer la ligne de chemin de fer Bruxelles-Namur en plein milieu du domaine abbatial. Au 19ième siècle, l’abbaye ne cessa de péricliter pour devenir les ruines que l’on connaît aujourd’hui. Par honnêteté, je dois ajouter que l’Etat belge, devenu propriétaire du lieu en 1893, a tout mis en œuvre, au début, pour freiner le déclin du site. Aujourd’hui, toutefois, il semble préférer à nouveau voir ces ruines majestueuses s’écrouler pour de bon et le site entier aller à vau-l’eau.
Il existe un « asbl » qui combat pour défendre la valeur historique, religieuse et symbolique du site. Mais il ne faut sûrement pas compter sur les politicards wallons qu’ennuient ces ruines, résultat de l’intolérance et de la barbarie de leurs modèles politiques. Depuis des années, on organise des événements de tous ordres sur le site. Un partenaire privé de l’Etat ou de la Région pourrait peut-être surgir et redonner un souffle nouveau à l’Abbaye.




4 responses so far ↓
1 pierrelermite // Oct 19, 2007 at 2:22
C’est vrai que pour les rouges, l’effondrement de ce symbole – à la fois clérical et d’ancien régime (les Parisiens ont bien ra- ne serait pas malvenu
2 pierrelermite // Oct 19, 2007 at 2:29
C’est vrai que pour les rouges, l’effondrement de ce symbole – à la fois clérical et d’ancien régime (les Parisiens ont bien rasé la Bastille) – ne serait pas malvenu et on reverrait peut-être “fat Freddy” sabrer le champagne à cette occasion.
Mais s’il faut présenter une facture à Sarko, ça risque de grimper sec : rien que dans ma région, on pourrait lui demander des comptes pour les abbayes d’Aulne, de Lobbes-la-savante et de Fontaine-Valmont (qui auraient brûlé le même jour), ainsi que pour celle du Jardinet à Walcourt. Et on ne parle que des bâtiments, pas même des oeuvres d’art ou des bibliothèques (l’estimation de celle de Lobbes assécherrait à elle seule la cassette de l’Elysée!).
3 pb44 // Oct 19, 2007 at 5:48
C’est évident qu’en une époque où la Belgique francophone, via ses médias écrits et audiovisuels, idolâtre la France, l’histoire de ces ruines dérangent les wallingants et les « rouches » et même les francophiles…
A moins de voter, aux parlements wallon et bruxellois, un texte déclarant que l’abbaye a été détruite par les nazis, chose possible puisque aujourd’hui l’Histoire s’écrit de plus en plus dans les parlements européens.
4 pierrelermite // Oct 19, 2007 at 8:10
Vindjû pb44, t’es génial, j’avais jamais pensé à ça : mais c’est bien sûr, pourtant, que ces abbayes ont été rasées par des landsturm ou autres reitres de la WaffenSS, probablement ceux du “grand Léon”…
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