(Pierre Vial, Terre & Peuple, 30 sep 07) Bush et les néoconservateurs-sionistes qui l’entourent ont trouvé un renfort de choix dans leur politique d’incendiaires, eux qui veulent entraîner les Européens dans la folie furieuse que serait une guerre contre l’Iran. Sarkozy, en effet, dévoile ses batteries, en mettant en place cet alignement sur les positions américano-atlantistes que nous avions prédit il y a plusieurs mois.
Le 7 mars 1966, le général De Gaulle avait annoncé la sortie de la France hors de la structure de commandement militaire de l’OTA N, ce qui avait conduit celle-ci à évacuer son quartier général de Versailles et Fontainebleau en avril 1967. De Gaulle jouait sur la perspective de ce qu’il appelait, avec un souci de référence historique, « l’axe carolingien » constitué par le tandem franco-allemand pour faire naître un jour une force militaire européenne indépendante, c’est à dire libérée de la vassalité à l’égard de Washington. Depuis, vaille que vaille, cette volonté de non alignement avait été maintenue du côté français.
C’est terminé. Sarkozy a fait savoir, par la bouche de son ministre de la Défense Hervé Morin, sa volonté de voir la France réintégrer le coeur du commandement militaire de l’Alliance Atlantique – c’est à dire endosser le rôle de satellite et larbin de Washington.
Les conséquences n’ont pas tardé. Le Monde du 14 septembre consacrait une pleine page à un article intitulé « Paris, s’alignant sur Washington, souhaite que l’UE sanctionne Téhéran hors du cadre de l’ONU ».
Sanctionne comment ? Par des mesures de rétorsion économiques ? Pas seulement.
Voulant être la voix de son nouveau maître, Kouchner a annoncé le 16 septembre, sur RTL, que le monde devait se « préparer au pire ». C’est à dire « une guerre » avec l’Iran. Le mot était lâché. Trop tôt ? A Washington, le secrétaire à la Défense Robert Gates a aussitôt expliqué que « toutes les options restent ouvertes ». Un langage qui rappelle sinistrement quelque chose puisque, avant les agressions contre la Serbie et l’Irak, là aussi « toutes les options » étaient « ouvertes »… Kouchner a été sommé de faire machine arrière et de noyer le poisson. Ce qu’il a fait piteusement dès le lendemain – « Je ne suis pas un va-t-en guerre » (Le Monde 19 septembre) tandis que « les Etats-Unis ont accueilli favorablement les propos de M. Kouchner » et que « la Russie, l’Autriche et l’Italie ont exprimé leurs réserves ».
L’alignement inconditionnel sur Washington va peut-être pousser Sarkozy à faire un faux pas qui pourrait avoir des conséquences intéressantes : pour plaire aux Bushistes, qui tiennent absolument à faire entrer la Turquie dans l’Europe pour empêcher toute velléité d’indépendance et d’identité de sa part, Sarkozy va essayer de contourner l’article 88 alinéa 5 de la Constitution française, adopté en 2005 par les députés réunis en congrès à Versailles et fixant obligation de consulter le peuple par référendum pour chaque proposition d’élargissement de l’UE. Supprimer cet article, pour confier à la voie parlementaire (c’est à dire une majorité de godillots) la décision ? Ce pourrait être une bonne occasion de renouveler la levée de boucliers qui s’était produite lors de la victoire du Non au référendum voulu par Chirac.
Il est clair qu’aujourd’hui tous ceux qui refusent l’alignement sur l’axe Washington-Tel Aviv doivent, au-delà de telle ou telle divergence ou rivalité, unir leurs efforts contre ceux qui veulent se faire les directeurs de conscience et les gendarmes de la planète.




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