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Le lourd fardeau de la belgitude

October 4th, 2007 · Commenter (Pas de commentaire)

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Chronique hebdomadaire de Philippe Randa, écrivain (www.philipperanda.com) et éditeur (www.dualpha.com)

Ces temps-ci, les Belges font moins rires que d’habitude. Les scènes de ménages entre Flamands et Wallons n’intéressaient guère jusqu’alors de ce côté-ci du Quiévrain. Guère davantage aux Pays-Bas, en Allemagne ou au Luxembourg. Et encore moins que cela au nord-ouest, au-delà de cette mer du Nord où la perfide Albion se contrefiche de ce qui se passe sur le continent sauf si celui-ci fait mine de trop vouloir s’unifier, ce qu’elle ne supporte pas.
La désunion annoncée de la Belgique ne doit pas être pour trop lui déplaire. Il en est plus que jamais question dans ce petit Royaume, né en 1830. Cela depuis que la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF) mit les pieds dans le plat, en décembre 2006, en annonçant que la Flandre avait déclaré son indépendance.

Qui le crû ? Tout le monde ! Personne n’imaginant un instant que la chose ne fut pas vraisemblable, puisque tôt ou tard inévitable. Pire encore, tous, Flamands comme Wallons, se sont alors sentis soulagés qu’enfin, la messe libératoire fut dite.
Ensuite, bien sûr, le canular révélé, on se repris en assurant que pas un instant, juré, craché, on n’y avait crû. Pas même « une fois, alleï ! »

Mais le vent du boulet de l’éclatement ayant frôlé de si près les crânes, on ne parle plus désormais que de cela au pays d’Albert II, actuel sixième roi des Belges. À tel point qu’aucun gouvernement n’a réussi à être formé, trois mois après les dernières élections et autant de palabres inutiles.
Ces tracas ne me sont pas indifférents pour plusieurs raisons dont la principale reste que mon père fut sujet belge toute sa vie. Il affirmait que lorsqu’on était né dans un « si petit pays », on n’avait pas le droit de changer de nationalité. Ce à quoi on aurait pu lui rétorquer que des citoyens d’autres petits pays dans le Monde ne se gênaient pas pour le faire ou pour collectionner plusieurs passeports. Autres gens, autres mœurs… [AMIBe: Grâces vous soient rendues, M. Randa !]

Je suis donc un immigré français de la première génération. Cette affirmation scandalise au plus au point ma très française de mère qui ne la trouve pas convenable du tout – elle en est tout de même un peu responsable – et les anti-racistes professionnels et confessionnels s’indignent que je puisse ainsi oser mélanger les serviettes du Tiers-Monde avec les torchons de l’Europe dans une revendication qui donne de nos jours plus de droits que de devoirs. Quant aux autres, généralement, ils se moquent allègrement de mon « immigratitude » qu’ils jugent, on se demande bien pourquoi, totalement farfelue.
Décidément, si le fardeau de l’homme blanc est lourd à assumer sous les fourches caudines de l’Histoire, celui de la belgitude(1) est bien pire encore sous celles des lazzis et autres quolibets.

Tard dans la soirée de mercredi, a-t-on appris aujourd’hui dès potron minet, les sénateurs français ont voté l’amendement controversé, autorisant le recours aux tests ADN.
Cela ne va pas arranger les choses pour les gens comme moi, car je me demande parfois s’il n’y a pas de la part de certains Français un brin de jalousie à ne pas avoir comme moi les mêmes origines qu’Annie Cordy, Jean-Claude Van Damme, Adamo, Benoît Peolvoorde, Johnny Halliday, et tant d’autres…
C’est pour ça, que je ne saurai finalement leur en « vouloueir »…

Note
(1) Le terme de belgitude a été forgé, au détour des années 1970-1980, par allusion au concept de négritude exprimé par Léopold Sédar Senghor. Il recouvre en quelque sorte, avec le sens aigu de l’autodérision qui caractérise les Belges, l’étendue de leur interrogation identitaire. L’identité belge apparaît comme une identité « en creux » : elle se définit surtout par tout ce qu’elle n’est pas. Le Belge n’est ni Français, ni Néerlandais, ni Allemand, tout en étant un peu de tout cela : ancien sujet des Habsbourg d’Espagne puis d’Autriche, ancien citoyen de la République française, puis du Premier Empire, Néerlandais après le Congrès de Vienne, enfin devenu indépendant à la faveur d’un consentement paternel des grandes puissances (http://fr.wikipedia.org/wiki/Belgitude).

* * *

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Tags: Tribune Libre

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