(Andrea Perrone, Rinascita du vendredi 14 sep 07) Sarközy et Morin annoncent le retour imminent de Paris au sein du commandement militaire de l’OTAN
Les temps changent et la France cesse d’être une puissance au profil propre, abandonne sa voie gaullienne et se soumet aux Etats-Unis. Il y a plus de quarante ans, la France avait quitté le commandement militaire de l’OTAN parce que le Général De Gaulle l’avait voulu. Sarközy met un terme à cette politique de l’honneur et entend revenir servilement à l’obéissance inconditionnelle à Washington.
Le Ministre de la Défense français, Hervé Morin, l’a annoncé par surprise, en confirmant que le chef de l’Elysée, Nicolas Sarközy est favorable au renforcement du rôle de la France dans l’Alliance Atlantique. Bon nombre d’analystes retiennent en fait que Sarközy veut aujourd’hui combler un vide, où, pendant plus de quarante ans, la France avait été absente des structures de commandement de l’OTAN. Le quotidien « Le Monde », citant des sources officielles, pense que Paris pourrait profiter du sommet de l’OTAN l’an prochain à Bucarest pour annoncer le retour de la France au sein du commandement militaire de l’Alliance Atlantique. « Le Monde » croit pouvoir émettre cette hypothèse en interprétant les paroles de Morin, qui a suggéré que le rôle de la France au sein de l’Alliance Atlantique, rôle qui sanctionnerait à nouveau sa dépendance envers Washington, pourrait être défini et annoncé dans un livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, dont la parution est prévue vers mars 2008. Ensuite, le ministre français pense que les relations renforcées de son pays avec l’OTAN pourraient servir à consolider les projets de défense européenne et à influencer le sens des opérations militaires de l’Alliance Atlantique. Morin semble oublier que le contrôle général de l’OTAN reste et restera aux mains des Etats-Unis seuls qui décideront de faire ce qui leur plait et de faire intervenir leurs troupes partout dans le monde, sans le minimum de respect pour les intérêts et les vues de leurs « alliés », dont le seul rôle qui leur est dévolu est d’obéir sans discuter à leurs diktats. Il y a un mois déjà, le nouveau président français avait souligné que, dans un bref délai, Paris retrouverait pleinement sa place au sein de l’Alliance Atlantique.
Actuellement, la France est le cinquième pays dans l’ordre de ceux qui financent l’Alliance contrôlée par Washington. Bien sûr, les déclarations enthousiastes commentant les décisions imminentes de Sarközy n’ont pas manquées, et, parmi elles, celles du porte paroles de l’OTAN, James Appathurai, qui, à Bruxelles, devant un parterre de journalistes, vient de déclarer que « la France est un pays qui contribue beaucoup financièrement, et se trouve même parmi les pays qui contribuent le plus, à l’Alliance, et qui soutient également nos opérations militaires ». Appathurai a ensuite dit que le moment était venu pour la France de décider si elle voulait réintégrer à plein titre la structure militaire de l’Alliance Atlantique.
Nous assistons à un changement de fond de la politique étrangère française, mais ce changement était prévisible, vu les positions du nouvel occupant de l’Elysée, qui sont clairement néo-libérales et philo-atlantistes.
De très nombreuses années sont passées depuis cette journée du 7 mars 1966, quand le Général Charles De Gaulle avait annoncé la sortie de son pays hors de la structure de commandement militaire de l’OTAN au président américain de l’époque, Lyndon B. Johnson, tout en maintenant sa présence au sein des structures civiles de l’Alliance Atlantique. Après cette décision historique, lucide et courageuse de De Gaulle, l’OTAN déménagea son quartier général installé à Versailles et à Fontainebleau en avril 1967. La crise avait commencé lorsque Washington avait manifesté sa volonté de contrôler plus étroitement l’Europe que dans l’immédiat après-guerre. La France avait maintenu de fait une indépendance relative par rapport aux autres pays européens, plus petits ou vaincus en 1945. Cette position avait permis à la France d’obtenir un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU et, partant, son droit de veto, comme les grandes puissances victorieuses de la seconde guerre mondiale.
De Gaulle avait voulu de détacher de l’emprise américaine et avait manifesté l’intention de forger un « axe carolingien » avec l’Allemagne de Konrad Adenauer, axe qui aurait dû, à terme, s’élargir à Moscou et favoriser de facto un « Axe Paris-Berlin-Moscou », ce dont Washington ne voulait à aucun prix. A ce projet, envisagé sur le très long terme, la politique gaullienne entendait ajouter la création d’une structure militaire européenne indépendante, réelle alternative à l’OTAN. Cependant, ce qui effrayait davantage Washington, était un troisième volet dans les projets gaulliens : détacher la France du coût fixe que constituaient les pétro-dollars, sur lesquels Washington jouait pour juguler les crises inflationnistes, modus operandi qui mettait en danger les réserves d’or de Paris. De Gaulle décida donc de restituer les dollars aux Etats-Unis, ce qui lui avait permis de conserver intactes ses réserves d’or. Avec leurs pétro-dollars, les Etats-Unis avaient envisagé d’imposer une stratégie globale d’asservissement à leurs intérêts : De Gaulle l’avait refusée, en sachant que Paris allait être satellisé, réduit à un instrument de la politique américaine du dollar.
En annonçant le retour de la France dans le bercail atlantiste, Sarközy a trahi cette politique gaullienne indépendantiste, amorcé un changement calamiteux, où son pays retourne servilement sous la dépendance de Washington, perdant en même temps, et d’un seul coup, toutes les cartes qui lui garantissaient son autonomie politique.
[Diffusé par Synergies Européennes - Rome / Bruxelles - septembre 2007]




4 responses so far ↓
1 pierrelermite // Sep 25, 2007 at 12:23
Il en avait, de l’idée, le Grand Charles. Et ce qui est sûr, c’est que le nain de jardin ne serait même pas digne de lui lacer ses godasses : ces deux-là n’auraient jamais pu nager dans les mêmes eaux…
Dommage, vraiment dommage que les projets gaulliens à court, moyen et long terme n’aient pu se réaliser. Car cet axe Paris-Berlin-Moscou, il nous serait vraiment bien salutaire aujourd’hui, de même que la mise en bière des pétrodollars…
2 pb44 // Sep 25, 2007 at 9:33
Pas trop de soucis à se faire sur le long terme pour mes amis américanophobes…
L’anti-américanisme primaire étant une valeur sûre en démagogie-démocratie européenne, lorsque le plus bref des laids (Sarkozy) aura des problèmes avec son opinion publique, il reviendra à la bonne vieille recette de ses prédécesseurs (De Gaulle et autres Chirac).
3 @-ttentif // Sep 25, 2007 at 4:00
Il ne s’agit pas d’anti-américanisme primaire Pb44, il s’agit d’une réflexion profonde sur les agissements de ZOG par l’entremise du gouvernement américain-cireur-de-pompes-sionistes.
Les vrais patriotes américains détestent autant que nous leur gouvernement.
Ils ne sont pas dupes sur les véritables intentions de Washington qui sont de dominer le monde en le divisant, peuples contre peuples, religions contre religions. Divide et impere!
Pourquoi les USA font pression sur l’UE pour accepter en son sein une nation comme la Turquie?
Pour notre bien-être? Ou pour d’autres raisons?
Les Etats-unis d’aujourd’hui ne sont plus les Etats-unis de l’après guerre…
4 brunitou // Sep 25, 2007 at 5:11
!? pb44 > ne pas vouloir s’aligner aveuglemment sur les états-unis (surtout vu le foutage de gueule concernant les ADM en Irak et tout ce que la guerre en Irak engendre) ne signifie pas être anti-américain primaire!
En même temps, l’axe Paris-Berlin-Moscou est aujourd’hui pertinent, mais il ne faut pas oublier ce qu’a été l’URSS il n’y pas si longtemps, son idéologie totalitaire, et son influence néfaste sur l’Europe.
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