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Seule la vérité peut sauver le monde

April 30th, 2005 · Commenter (Pas de commentaire)

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Il nous a paru pertinent, au moment où le président de la province serbe du Kosovo, Ibrahim Rugova, est reçu comme un chef d’Etat par le Golem parlementaire, de publier l’allocution prononcée, par Komnen Becirovic, en guise d’introduction à la présentation du livre “Ma Vérité” de Slobodan Milosevic, à Paris, le 8 avril 2005.

Mesdames et Messieurs, chers confrères et consoeurs,

Puisque je me trouve à l’origine de la proposition faite au Comité directeur de l’APE de débattre de ce livre, proposition qu’il a bien voulu accepter, je sens de mon devoir de vous en fournir quelques explications d’autant plus qu’il s’agit d’un auteur peu commun, d’une part, et que, d’autre part, quelques objections ont été faites ces derniers jours à John Keating et à moi-même sur l’opportunité, voire sur l’audace d’organiser un débat autour de l’ouvrage émanant d’un démon que serait, d’après ces gens vertueux, Slobodan Milosevic.

Mais d’abord, je me félicite de vous voir si nombreux venus assister à une rencontre concernant un ouvrage qui a dans son titre le mot vérité, même si le livre vient de la part de Slobodan Milosevic, l’homme qui pendant des années aura effectivement fait l’objet d’une satanisation sans précédent dans l’histoire du monde. Qui plus est, c’est contre lui que s’est levée, afin de le renverser, la plus formidable puissance militaire de tous les temps, l’Otan, puisque ses responsables, ainsi que les chefs d’Etat et de gouvernements occidentaux impliqués, ne cessaient d’affirmer durant la guerre dite du Kosovo, que l’on ne faisait pas la guerre au peuple serbe, mais seulement à Slobodan Milosevic !

Il y aurait là, si cela n’avait pas été cynique et absurde, puisque les bombes meurtrissaient précisément les Serbes et détruisaient leurs biens, quelque chose qui eût donné à Milosevic les dimensions d’un héros mythique : d’un côté une vingtaine d’États comprenant près d’un milliard d’hommes avec des moyens militaires, économiques, politiques et médiatiques illimités, et de l’autre côté un seul homme avec son peuple de quelque dix millions d’âmes, soumis pendant près de trois mois aux feux de l’apocalypse du seul fait d’avoir défendu la partie la plus sacrée de son territoire, le Kosovo.

En tout état de cause il y a lieu de s’interroger là-dessus et, pour vous aider à le faire, je me limiterai à citer quelques exemples criants, pris au hasard parmi mille autres, où les médias, au lieu de répandre la vérité, se sont mis à propager les mensonges, en flouant les opinions, en induisant les esprits en erreur, en bernant les multitudes télévisuelles, si je peux m’exprimer ainsi. Prenons, par exemple, le conflit bosniaque : en février 1991, les représentants des trois peuples de Bosnie, Alija Izetbegovic, Radovan Karadzic et Mate Boban, signent sous l’égide de l’Union européenne les accords dits de Lisbonne sur une Bosnie trinitaire. Or à peine rentré à Sarajevo, Alija Izetbegovic ambitionnant de conserver la prédominance musulmane en Bosnie, téléphone à Warren Zimmermann, ambassadeur des États-Unis à Belgrade, et lui confie qu’il avait signé ces accords à contrecœur, et Zimmermann d’absoudre aussitôt Izetbegovic de retirer sa signature. C’est la reconnaissance de la Bosnie comme État indépendant, le 6 avril 1992, suivie d’une atroce guerre tournante entre la communauté serbe, musulmane et croate, dont on impute naturellement la responsabilité aux Serbes et qui en feront les frais, puisqu’ils subiront les bombardements de l’Otan en automne 1995. La guerre se termine par les accords de Dayton, signés à Paris en décembre de la même année, reprenant presque textuellement le contenu des accords de Lisbonne abandonnés quatre ans plus tôt à l’instigation du gouvernement américain. Ce torpillage des accords de Lisbonne est magistralement dévoilé dans un article de David Binder, paru sur une page entière de New York Times du 29 août 1993, alors que la guerre de Bosnie battait son plein, faisant des dizaines de milliers de morts et de blessés et des centaines de milliers de sans abris.

Et voici à présent un cas de désinformation d’autant plus préjudiciable qu’il a été véhiculé par un grand journal : dans son édition du 30-31 août 1992, Le Monde publie un très long article, intitulé ” La genèse du ” nettoyage ethnique ” par sa correspondante de Belgrade, Florence Hartmann qui attribue la responsabilité à cette sinistre pratique principalement aux idées développées dans le fameux Mémorandum de l’Académie serbe, paru en 1986, bien après la mort de Tito comme une critique de son règne despotique, celui-ci reposant sur la fameuse formule : Une Serbie faible, une Yougoslavie forte. Un écrit somme toute mesuré, presque évangélique comparé à la Déclaration islamique d’Alija Izetbegovic dont les idées anticipent d’une vingtaine d’années celles de Ben Laden, et à la déroute de la vérité historique de Franjo Tudjman, une véritable apologie du génocide perpétré par les oustachis sur les Serbes et par les nazis sur les Juifs durant la Seconde guerre mondiale. Ceci n’empêche pas Florence Hartmann de passer complètement sous silence ces deux derniers ouvrages et de qualifier le Mémorandum de l’Académie serbe d’une sorte de bréviaire du nettoyage ethnique, pour ne pas dire d’un nouveau Mein Kampf.

Evidemment c’est le haro sur le Mémorandum et sur l’Académie serbe à tel point que l’un des hommes politiques le plus en vue à l’époque, déjà de par sa fonction du président de la Commission européenne, Jacques Delors, se produit à la télévision et, dans un entretien avec Anne Sinclair, dimanche soir 16 mars 1997, déclare devant des millions des téléspectateurs, se fondant principalement sur l’article du Monde, que “depuis des années, s’élaborait en Serbie, dans l’Académie de Belgrade, une idéologie du nettoyage ethnique qui est une idéologie du rejet de l’autre, une idéologie de mort“, en se vantant qu’il l’avait déjà désignée à la vindicte publique dès 1992. L’émotion est grande parmi les Serbes de France, l’Académie serbe se sent diffamée si bien que l’on charge Me Gilles William Goldnadel d’intenter un procès à Delors, mais le président du tribunal déclare la plainte irrecevable, Jacques Delors ayant tellement mérité de la France et de l’Europe qu’il serait mal à propos de lui faire un procès. Évidemment l’Académie et le peuple serbes mis au pilori ne pouvaient constituer qu’une quantité négligeable à côté d’un politicien, fût-il de la stature des plus médiocres. Cependant, le Mémorandum existant en français grâce aux éditions L’Âge d’Homme, on le fait parvenir à Delors qui le lit et se rétracte en privé en avouant, dans une lettre manuscrite à un ami, datée du 15 avril 1997, qu’il ne trouvait dans cet écrit nulle trace de “théorisation ni d’appel à la purification ethnique” et qu’il laissait désormais aux “historiens le soin de démêler les origines et les causes de tant de malheurs”. Le jour précédent, le 14 avril, il avait adressé, en usant de la langue de bois, une lettre personnelle au président de l’Académie serbe, Alexandre Despic, en l’assurant qu’il allait étudier avec soin le Mémorandum, alors qu’il l’avait déjà fait, poursuivant qu’il était attaché à l’amitié des peuples serbe et français, qu’il compatissait envers les peuples victimes, qu’il recherchait les voies d’une compréhension mutuelle, de la paix, etc., mais sans jamais trouver depuis le moindre courage ni grandeur d’âme de revenir publiquement sur ses propos incendiaires et scandaleusement diffamatoires tenus à la télévision.

Pareillement, le 28-29 novembre 1992, le New York Times, le Washington Post et l’International Herald Tribune, publient une longue histoire terrifiante intitulée Ethnic Cleansing in Bosnia : A Savage Tale of Murder and Rape par John F. Burns, que reprennent la plupart des journaux européens. Il s’agissait prétendument des aveux d’un Serbe, nommé Borislav Herak qui aurait avec un complice exécuté des dizaines de musulmans et violé des dizaines de leurs femmes, des aveux que Herak s’est mit bientôt à singer durant des semaines à la télévision que toutes les chaînes se sont données à cœur joie de diffuser. C’est en vain que la direction des Serbes de Bosnie dément et proteste en affirmant qu’il est question d’un individu dérangé qui purgeait une peine de prison, qui s’en était échappé et dont les autorités islamo-bosniaques s’étaient emparées pour l’utiliser à noircir les Serbes et attiser davantage sur eux la haine de la communauté internationale.
Rien n’y fait, le monde s’émeut, la Commission pour les droits de l’homme de l’Onu siège, et les cris de guerre, les appels aux frappes aériennes contre les Serbes de Bosnie, retentissent une fois de plus. En même temps l’auteur du récit, John F. Burns, est célébré comme un véritable héros médiatique et reçoit la plus haute distinction journalistique américaine, le prix Pulitzer. Et ce n’est que seulement cinq ans après qu’un grand journaliste américain Chris Hedges, fait une enquête sur cette affaire et publie dans le même New York Times du 3 mars 1997 l’article : War Crime ‘Victims’ Are Alive, Embarassing Bosnia où il démontre que les affirmations des Serbes avaient été parfaitement véridiques et que tout dans cette affaire d’un bout à l’autre n’était qu’imposture. Le but en était, écrit Hedges, “d’accuser les Serbes du meurtre des dizaines de milliers des musulmans, et surtout de convaincre les États-Unis et l’Europe que les Serbes sont coupables du génocide et d’autres crimes contre l’humanité”. Même le journal Libération, qui ne s’est pas distingué en ouvrant ses pages à la vérité serbe, bien au contraire, fait écho de cette affaire dans son édition du 23 mars 1997, en titrant sous la plume de Jean Hatzfeld : Le “Tchetnik sanguinaire” et ses victimes imaginaires.

Le cas suivant concerne un vétéran de toutes les guerres contre les Serbes, l’apôtre de l’ingérence humanitaire, le guerrier de la paix, comme il se nomme lui-même dans un livre au titre éponyme relatant ses exploits philanthropiques, Bernard Kouchner, vous l’avez deviné. Et ce cas reflète la même stratégie d’utiliser tous les moyens pour monter l’Occident contre les Serbes afin de gagner une guerre séculaire qui se déroule entre les musulmans bosniaques, apostats du christianisme, et les Serbes demeurés fidèles au christianisme. Une guerre que Kouchner et consorts ont pervertie en une guerre idéologique, celle des droits de l’homme et de la démocratie, de même qu’ils ont fait avec le conflit kosovien dont l’origine est de même nature. Il rapporte, à la page 386-387, sa visite en compagnie de Richard Holbrooke, un autre fléau des Serbes, au chevet d’un Alija Izetbegovic mourant en octobre 2003, et l’aveu que celui-ci leur fit sur les fameux camps de la mort que les Serbes auraient installés en Bosnie en 1992. “Je pensais que mes révélations pourraient précipiter les bombardements“, confesse Izetbegovic apparemment saisi de remords, avant d’ajouter : “…mais l’information était fausse. Il n’y avait pas de camps d’extermination quelle que fût l’horreur des lieux“.

Finalement les Bosniaques ont eu gain de cause : les Serbes de Bosnie furent bombardés par l’Otan et le tribunal de La Haye, pour juger les crimes dont on les accablait, fut créé à l’initiative de Madeleine Albright que pourtant les Serbes avaient autrefois sauvée du four beaucoup plus incandescent que celui dont parle le prophète Daniel. Or, parmi les premiers inculpés se trouvait un certain Gruban Malic, décrit comme un redoutable meurtrier et violeur, contre lequel la procureure Louise Arbour lance immédiatement un mandat d’arrêt mais sans aucun résultat, nulle indication de l’état civil de ce personnage ne se trouvant dans toute la Bosnie. Et pour cause, puisqu’il s’agissait d’un personnage imaginaire d’un récit rabelaisien du célèbre romancier serbe Miodrag Bulatovic, Le héros à dos d’âne, paru en français aux éditions du Seuil à la fin des années 60. Mais apparemment un journaliste serbe avait communiqué ce nom, en guise de canular, à l’un de ses confrères occidentaux, fournisseur zélé des noms de criminels serbes au tribunal de La Haye, et celui-ci l’avait pris pour de bon en même temps que le tribunal inscrivant aussitôt sur sa liste des accusés le terrible Gruban Malic. Nous avons consacré à cette affaire, comme à la plupart de celles que j’évoque, des articles entiers dans notre revue B.I., anciennement Balkans-Infos, véritable tribune de la vérité en un temps où celle-ci en est orpheline.

Voici à présent un autre cas relatif également à la précitée Florence Hartmann, oracle du journal Le Monde pour l’ex-Yougoslavie, avant d’être nommée la porte-parole de la procureure du TPI, Carla del Ponte. Elle publie à la fin de 1999 un gros volume sous le titre Milosevic, la diagonale d’un fou où sa patronne puisera les principaux arguments pour dresser l’acte d’accusation contre Milosevic. Pour vous montrer à quel point cet ouvrage est partial et relève de la plus ordinaire propagande antiserbe, je ne citerai qu’un seul passage, à la page 301, concernant le général Naser Oric, commandant des unités musulmanes à Srebrenica, qu’elle présente sous des traits plutôt sympathiques, en écrivant notamment : “À la tête d’une armada de torbaris affamés et assoiffés de vengeance, Naser Oric lançait des assauts contre les villages serbes isolés en bordure de l’enclave pour y voler de la nourriture, quelques armes. Parfois pour libérer une vallée et élargir ce territoire montagneux que les forces serbes préféraient jusqu’alors étouffer plutôt que de s’y aventurer”. C’est à peu près tout, nulle trace, nulle mention des crimes de Naser Oric et de ses bandes de soi-disant torbaris (porteurs de hottes), que le général Philippe Morillon, ex-commandant des forces de l’Onu en Bosnie, avait pourtant rapportés dans son livre Paroles de soldat, publié en 1996, à la page 72 en ces termes : “À partir de cette place forte inexpugnable (Srebrenica) Naser Oric et ses hommes menèrent une série de raids meurtriers sur les régions serbes limitrophes. Le plus célèbre et le plus meurtrier eut lieu à l’occasion du Noël orthodoxe de janvier 1993. De son propre aveu, Naser Oric n’y fit aucun prisonnier, se défendant que les lois du genre ne le permettaient pas. Il y eut, aux dires des Serbes, des centaines de victimes innocentes”.

En effet, dans les hottes des maraudeurs de Florence Hartmann se trouvaient parfois des têtes coupées de Serbes, la décapitation, héritée de l’époque turque, étant pratiquée par des combattants bosniaques et kosovars et surtout par leurs coreligionnaires arabes dans leurs rangs, comme l’attestent des vidéos et des photos documents, entre autres. Il y avait environ un millier de ces victimes serbes en Bosnie orientale où sévissaient les torbaris de Naser Oric, ce qui, d’après le général Morillon lui-même et tous les analystes sérieux du conflit bosniaque, explique mais, certes, ne justifie pas de nombreuses victimes musulmanes, notamment parmi les torbaris, lors de la prise de Srebrenica par les forces du général Mladic en juillet 1995. Il s’agissait en fait d’un acte de vengeance et non point, comme on ne cesse de le prétendre, d’un massacre délibéré de civils paisibles et innocents. Cependant, le général Morillon ayant confirmé les faits relatés dans son livre devant la Commission parlementaire française sur Srebrenica et devant le tribunal de La Haye, je vous laisse juges de l’honnêteté de la spécialiste du Monde pour l’ex-Yougoslavie et du peu de qualification morale qu’elle a d’occuper une fonction au sein de ce tribunal. Le seul fait que dans une institution créée pour juger principalement les Serbes, se trouve un personnage qui pendant dix ans n’a cessé d’être en première ligne du combat médiatique contre eux, suffirait à déconsidérer cette institution, si elle ne l’était déjà par d’autres entorses à l’éthique et à la justice les plus élémentaires, ce dont Me Verges va nous entretenir.

J’ajoute que vous chercherez en vain dans l’ouvrage de Florence Hartmann la moindre mention du nom du général croate Ante Gotovina et des crimes commis par ses unités contre les Serbes. Or, comme vous le savez, la non-extradition du général Gotovina au TPI constitue le principal obstacle à l’ouverture des pourparlers pour l’entrée de la Croatie dans l’Union européenne, tellement ces crimes sont considérés comme graves. Évidemment le général Oric, ainsi que plusieurs généraux croates et bosniaques dont les chefs d’état-major successifs, Sefer Halilovic et Rasim Delic, ont fini par être inculpés par le tribunal de La Haye, seulement dix à douze ans après les événements, alors que les responsables civiles et militaires serbes, l’avaient été souvent pendant les événements eux-mêmes, comme ce fut notamment le cas de Milosevic lors de l’intervention de l’Otan. Pourquoi ces inculpations tardives y compris celle de Ramus Haradainaj, responsable de la mort d’une centaine de Serbes et d’Albanais, mais investi, néanmoins, premier ministre du Kosovo en automne 2004 ? Parce que le tribunal devait finalement se rendre à l’évidence et cesser d’être, ce qu’il a été pendant des années, une sorte d’inquisition montée pour juger presque exclusivement les Serbes, et parce qu’il risquait, ainsi que ses commanditaires, une condamnation sans appel par l’Histoire.

Et voici, pour terminer, un cas de désinformation flagrant relatif au Kosovo, tel qu’il l’a relaté récemment dans sa déposition devant le tribunal de La Haye, un officier de l’armée allemande, Dietmar Hartwig, chef de la Mission de contrôle de l’Union européenne au Kosovo de novembre 1998 au 19 mars 1999, à savoir cinq jours avant l’attaque de l’Otan contre Serbie. Il raconte que, ayant appris par les journaux que les Serbes avaient transformé le stade de Pristina en un vaste camp de concentration pour les Albanais, il s’y est précipité pour constater qu’il ne se trouvait dans le stade âme qui vive. Une autre fois, on l’informe de se rendre d’urgence dans la localité de Srbica où les Serbes auraient massacré une quarantaine d’Albanais : il y arrive et apprend par des témoins oculaires qu’en fait les Albanais s’étaient entre-tués à plus forte raison que l’Uck éliminait tous les Albanais soupçonnés de coopérer avec les Serbes. Après avoir énuméré force détails de ce genre, Dietmar Hartwig conclue en honnête homme ce que Milosevic ne cesse de clamer du fond de sa geôle rejoignant la voix de tous les hommes de vérité et de justice dans le monde : qu’il n’existait absolument aucune raison pour que l’Otan fasse la guerre aux Serbes.

Je pourrais multiplier, preuves à l’appui, de pareils exemples longtemps encore, aussi bien sur les événements du Kosovo que de Bosnie, mais j’ai déjà trop empiété sur le temps imparti à nos prestigieux invités et me limiterai à poser une question pour le moins paradoxale : comment se fait-il qu’aucun des chefs d’États et des gouvernements occidentaux ne se soit rendu aux obsèques des deux autres protagonistes du drame yougoslave, Milosevic en étant le troisième, notamment aux obsèques de Franjo Tudjman en 1999 et à celles d’Alija Izetbegovic en 2003, alors que les Occidentaux avaient aidé l’un et l’autre par tous les moyens dans leur guerre contre les Serbes, allant jusqu’à laisser s’infiltrer en Bosnie les combattants d’Al-Qaïda ? C’est que Tudjman avait été un antisémite notoire, de même qu’Izetbegovic avait été un farouche islamiste, hormis pour Bernard-Henri Lévy, et qu’il eût été compromettant de leur témoigner les plus hautes marques d’hommage, telle est la duplicité dont ont fait preuves les dirigeants de l’Ouest durant les événements des Balkans.

Quelle est la moralité de tout ce que je viens de vous dire ? La première, c’est qu’il existe toute une zone d’ombre du drame yougoslave qui s’est joué tout au long de la dernière décennie du XXe siècle, une face cachée que dévoile précisément et en bonne partie le livre Ma Vérité de Slobodan Milosevic. C’est un véritable brûlot envoyé au cœur de la désinformation sur la dislocation de la Yougoslavie et sur les conflits qui en ont résulté. Vous y trouverez en particulier comment ce pays qui, par la diversité de ses peuples et de ses cultures, préfigurait pendant soixante-dix ans l’Europe, fut détruit par des forces intérieures et extérieures hostiles, et ses peuples précipités dans l’abîme des guerres civiles. La seconde moralité, c’est que la Bosnie et le Kosovo ont servi de champs d’expérimentation pour lancer par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, usant de l’imposture médiatique, des guerres ultérieures, notamment celle contre l’Irak, sans parler des révolutions dites de velours. L’affirmation répétée pendant des années sur la possession des armes à destruction massive par les Irakiens, s’est révélée toute aussi mensongère que celle imputant aux Serbes l’extermination des Bosniaques et des Albanais. On peut même affirmer que c’est sur les Serbes que l’Occident, se trouvant sous l’emprise des forces néfastes à la fin du Deuxième millénaire, a basculé dans le mal, le mensonge étant le mal et le père du mal, comme nous l’enseigne l’Evangile. Et nous l’avons bien vu à la veille de l’agression contre l’Irak lorsque les fauteurs de guerre, les instigateurs au meurtre de deux côtés de l’Atlantique, ne cessaient de répéter : on a bien réussi en Bosnie et au Kosovo, il n’y a pas de raison à ce que l’on ne réussisse pas en Irak. Beaucoup d’entre eux, devant l’enlisement américain dans les sables de Mésopotamie, ont depuis baissé pavillon.

Il n’y a que la vérité qui puisse être le remède à ce mal. Dostoïevski disait que seule la beauté pouvait sauver le monde. Les choses se sont tellement aggravées depuis que nous disons aujourd’hui : seule la vérité peut sauver le monde.

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Tags: Europe · Politique