(AFP, 28/10/2005 22:50) - L’administration Bush a subi vendredi un revers sans précédent avec l’inculpation de Lewis Libby [photo], directeur de cabinet du vice-président Dick Cheney, accusé d’avoir entravé une enquête sur une “fuite” ayant apparemment visé à faire taire un critique de la guerre en Irak.
M. Libby a démissionné aussitôt après l’annonce de son inculpation pour entrave à la justice, parjure et faux témoignage, a indiqué la Maison Blanche.
Il va cependant “contester les accusations” portées contre lui dans le cadre de l’, a réagi M. Cheney, en disant regretter profondément sa démission. Le président George W. Bush lui a également rendu hommage, rappelant les principes de la présomption d’innocence.
“Scooter” Libby, 55 ans, a été inculpé “pour avoir menti sur la façon dont il a appris en 2003, puis transmis à des journalistes, des informations alors secrètes sur l’emploi de Valerie Plame à la CIA”, a expliqué le procureur indépendant Patrick Fitzgerald [photo].
Il risque un maximum de 30 ans de prison et une amende de 1,25 million de dollars.
L’acte d’inculpation révèle notamment que M. Libby aurait confirmé à plusieurs journalistes qu’il “avait entendu que Mme Plame était un agent de la CIA”, alors qu’il a affirmé à la justice s’être contenté de répéter “à des journalistes ce qu’il avait appris auprès d’autres journalistes”.
L’équipe présidentielle a évité une inculpation du conseiller politique de George W. Bush, Karl Rove, cité dans l’affaire. Elle doit cependant se préparer à un scandale lancinant, M. Fitzgerald ayant promis de poursuivre son enquête.
L’inculpation de M. Libby “marque un jour triste pour l’Amérique et un autre chapitre dans la culture de corruption des républicains”, a asséné Nancy Pelosi, chef des démocrates à la Chambre des représentants.
“Cette affaire est plus importante qu’une fuite d’informations hautement confidentielles. Il s’agit de la façon dont la Maison Blanche de Bush a fabriqué et manipulé le renseignement pour argumenter en faveur de la guerre en Irak et pour discréditer quiconque osait s’opposer au président”, a renchéri le chef du groupe démocrate au Sénat, Harry Reid.
M. Fitzgerald cherche depuis décembre 2003 à savoir qui a divulgué à la presse l’identité de l’agent de la CIA Valerie Plame, dont le mari Joseph Wilson, un ancien ambassadeur, s’était publiquement interrogé sur de “faux prétextes” invoqués par l’administration Bush pour envahir l’Irak en mars 2003.
Dick Cheney lui-même pourrait être menacé par l’enquête. Il est l’un de ceux qui ont informé M. Libby en juin 2003 sur l’identité de Mme Plame.
Joseph Wilson affirme que la Maison Blanche a voulu le discréditer en laissant entendre qu’il n’avait dû qu’à sa femme, spécialiste des armes de destruction massive à la CIA, l’obtention en 2002 d’une mission d’enquête au Niger sur l’existence d’un éventuel trafic nucléaire avec l’Irak.
M. Wilson avait conclu qu’un tel trafic n’existait pas, et estime que la Maison Blanche a délibérément exagéré la menace de l’arsenal de Saddam Hussein.
“Ma famille a été attaquée parce que j’ai dit la vérité sur des événements qui ont mené notre pays à la guerre” en Irak, a réitéré M. Wilson vendredi, par l’intermédiaire de son avocat Christopher Wolf.
Au cours de son enquête, Patrick Fitzgerald a interrogé plusieurs responsables gouvernementaux, ainsi que des journalistes qu’il a contraints de livrer leurs sources - jusqu’à envoyer en prison Judith Miller du New York Times pendant 85 jours avant qu’elle n’accepte de témoigner sur ses conversations avec M. Libby.




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