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35 ans après sa mort rituelle, Mishima hante toujours le Japon matérialiste

November 24th, 2005 · Commenter (Pas de commentaire)

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(AFP, 24/11/2005 11:10) – Il n’y a pas [de trace] du stupéfiant “incident” du 25 novembre 1970, sinon quelques entailles de sabre dans la porte d’une salle de l’ancienne Ecole militaire des cadets à Tokyo.

L’accès au balcon, du haut duquel Yukio Mishima harangua en vain des soldats pour les soulever au nom des valeurs traditionnelles du Japon, est fermé. Ne reste que la photo de l’écrivain nationaliste, en tunique militaire, le poing serré dans un gant blanc, un bandeau de samouraï autour du crâne.

Pourtant, le “seppuku” (éventration rituelle) de Mishima hante toujours les Japonais trente-cinq ans après sa mort, comme la mauvaise conscience d’un pays assoupi dans le consumérisme, sous la tutelle du “shérif” américain.

Le Japon est sous le choc quand il apprend ce 25 novembre, vers midi, que l’écrivain a pénétré dans le QG de l’armée de terre à Tokyo, avec quatre cadets de la “Tatenokai” (Société du Bouclier) –une milice privée qu’il avait créée en 1968 pour protéger l’Empereur–, et pris un général en otage.

C’est dans ce même bâtiment qu’avait siégé le Tribunal militaire international de Tokyo qui condamna les chefs militaires nippons en 1946.

Au balcon, Mishima lance un appel à changer la Constitution pacifiste imposée par les Américains, afin de redonner au Japon une armée digne de ce nom, et exhorte les soldats à se rebeller. Son discours est accueilli par des huées, des cris de dérision.

Il sait bien que son projet est voué à l’échec. Il lance trois “banzaï” (“Longue vie à l’Empereur”) avant de retourner à l’intérieur et de se plonger un sabre de samouraï dans le ventre. Un de ses compagnons, Masakatsu Morita, s’y reprend à trois fois pour le décapiter, comme le veut la coutume samouraï. Morita se fera aussi “seppuku”.

La mort spectaculaire de Mishima fut considérée avec embarras et réprobation par les hommes politiques, les médias et l’opinion, sur fond de Guerre du Vietnam et d’agitation gauchiste, alors qu’on craignait une résurrection du militarisme nippon.

Elle fut mieux acceptée à l’étranger où elle correspondait au cliché du harakiri.

Aujourd’hui, Mishima est omniprésent, avec la sortie en DVD de son court-métrage “Patriotisme” (1966), récemment retrouvé, une adaptation à gros budget de “Neige de Printemps” par le cinéaste Isao Yukisada, un “documentaire requiem”, la publication d’inédits de jeunesse et de sa dernière interview (jamais diffusée), et la plus importante exposition depuis sa mort.

“Ce qu’il a fait peut paraître absurde mais beaucoup de Japonais pensent qu’il avait raison et partagent avec lui l’idée que le Japon a oublié son esprit de nation”, affirme Toshio Toyoda, directeur des éditions Kodansha.

“Si je le dis à la manière de Mishima, les Japonais sont devenus prospères et riches mais leurs esprits sont profondément corrompus. Si Mishima voyait la situation actuelle du Japon, il ne changerait pas un mot de ce qu’il disait. Il avait un talent de visionnaire”, estime cet ancien étudiant gauchiste, à l’époque dans “le camp exactement opposé à Mishima”.

A 45 ans, Mishima, de son vrai nom Kimitake Hiraoka, était au faîte de la gloire, un “kaléidoscope de personnalités” selon son biographe britannique Henry Scott-Stokes: l’écrivain japonais vivant le plus connu, cité pour le Nobel de littérature, dramaturge, essayiste, acteur et metteur en scène, intellectuel de droite, féru d’arts martiaux, homosexuel…

Le jour de sa mort, Mishima venait juste de finir “L’Ange de la décomposition”, dernier volume de sa tétralogie “La Mer de la fertilité”.

“Je suis encore occupé par l’écriture du dernier volume, terminer le long roman me donne parfois le sentiment que ce sera comme la fin du monde”, écrivait-il à Scott-Stokes le 4 octobre 1970.

“Mishima voulait +vivre pour toujours+. Il voulait qu’on se souvienne de lui dans 200, 300 ans, il voulait être un héros”, se souvient le journaliste britannique.

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Tags: Culture

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