Nous avons assisté à l’agression de l’Irak par les Etats-Unis sans justification, dans l’illégalité la plus totale, et sans réaction sérieuse de la communauté internationale.
Nous avons assisté au reversement du gouvernement irakien sous un déluge de fer et de feu, sans considération ni pour la personne humaine, ni pour le patrimoine du pays.
Pour nous, la politique de la canonnière est inadmissible, répréhensible, et dangereuse pour l’avenir de la paix dans le monde ; et nous croyons pas que les Etats-Unis sont en Irak pour y instaurer la démocratie et les droits de l’homme.
Démocratie
L’Irak n’était pas un modèle de démocratie, mais est-ce bien la raison pour laquelle le « régime de Saddam Hussein » a été renversé ? S’il n’y avait pas assez de démocratie, à qui la faute : au baassisme ? Au président irakien ? A eux seuls ?
Le Baas et Saddam Hussein ont sorti l’Irak du sous développement dans lequel l’avaient laissés les Anglais et les dictatures précédentes. Je suis persuadé que sans la guerre Iran- Irak, sans la première guerre du Golfe, et surtout sans l’embargo, une démocratie à l’irakienne se serait progressivement imposée à Bagdad. Un train de réformes allant dans ce sens avait été voté par le Parlement irakien juste avant le déclenchement du conflit de 1991. Malheureusement, il n’a jamais pu être appliqué.
Le drame pour le peuple irakien, c’est que la Révolution du 17 juillet 1968 n’a jamais été acceptée par les Etats-Unis, la Grande- Bretagne et Israël, parce que contraire à leurs intérêts économiques et stratégiques. Les révolutionnaires baassistes sont donc restés l’arme au pied, menacés sans cesse de renversement, notamment depuis la nationalisation du pétrole.
L’état de guerre permanent – comparable à la « patrie en danger » des révolutionnaires français de 1789 – est une des raisons pour laquelle la démocratie n’a pas pu se développer en Irak. Une nation révolutionnaire en guerre se recroqueville, réprime ses opposants et considère comme traîtres ceux qui s’allient à ses ennemis. Il est facile de condamner de tels comportements quand on n’est pas directement concerné par les événements.
Résistance
En Irak, pendant 35 ans, les complots et les guerres se sont succédés. En 1991, après la première guerre du Golfe, les Occidentaux s’attendaient à ce que le régime baassiste s’effondre. Contre toute attente des stratèges du Pentagone, le peuple irakien a résisté. Il a résisté à 12 ans d’embargo barbare, à l’opération « Renard du Désert » de décembre 1998, puis – depuis cette date – à des bombardements quasi quotidiens contre des objectifs civils et militaires qui ont laminés ses lignes de défense.
En mars dernier, le peuple irakien a résisté vaillamment aux troupes d’invasion américaines. Malgré un état d’infériorité extrême, il a supporté 3 semaines de pilonnages incessants au cours desquels plus de 14 000 bombes ou missiles ont été déversés sur l’Irak, soit bien plus qu’en 1991.
Voilà comment les Etats-Unis sont parvenus à renverser le « régime de Saddam Hussein ». Mais, ont-ils vraiment mesuré les conséquences de leur intervention ?
A ceux qui n’ont que le mot « démocratie » à la bouche, il faut tout de même rappeler que le régime américain – appelé aussi « démocratie » - est responsable de la mort de plus de 1,5 million d’Irakiens, victimes de l’embargo, soit bien plus que toutes les exactions imputées à Saddam Hussein. Maintenant qui osera demander des comptes pour ce génocide, pour les massacres de civils perpétrés massivement ces dernières semaines, ou pour l’emploi réitéré d’armes à l’uranium appauvri ?
Renouveau
Nous n’avons aucune confiance dans les promesses américaines concernant l’instauration de la démocratie en Irak, mais prenons George W. Bush au mot. Oui, le peuple irakien doit être maître de son destin. Mais pour cela, il faut que les troupes d’occupation américaines quittent le pays sans tarder, que l’embargo soit levé sans attendre, et que des élections libres soient organisées dans les meilleurs délais sous contrôle de l’ONU et d’observateurs indépendants. Tous les courants de pensée doivent pouvoir s’exprimer, y compris ceux qui se réclament du nationalisme arabe.
Pour que l’Irak rattrape son retard en matière de développement, le versement des compensations résultant de la première guerre du Golfe doit être supprimé. La dette irakienne doit être rééchelonnée, voir effacée lorsqu’il s’agit de contrats d’armement liés à la guerre Iran- Irak. Enfin, les Irakiens doivent être libres de choisir les entreprises étrangères qui participeront à la reconstruction de leur pays. Dans l’attente de la nomination d’un gouvernement légitime, aucun contrat ne devrait être signé sans l’accord de l’ONU.
Il faut absolument que le peuple irakien sauvegarde son unité et retrouve sa souveraineté.
Rennes, le 23 avril 2003
Gilles Munier, Secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes
Contact AFI :
Gilles Munier : 06 19 74 45 99 - gilmun@club-internet.fr
Xavière Jardez : Tel/ fax : 01 46 82 49 89 - xjardez@club-internet.fr
Attention !
Réunion du « Collectif Irak »
le mercredi 30 avril 2003, à l’AGECA
177, rue de Charonne (métro : Charonne ou Alexandre Dumas)
à 18h30
Ordre du jour :
- Débat sur la situation en Irak
- Que faire ?



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